Edito

Que cherche-t-on, au fond, lorsqu’on prend une caméra ?
À sept ans, je ne me posais pas encore la question. Je voulais suivre les pas de Spielberg.
Alors j’ai pris la caméra Vidéo8 de mes parents, filmé des Lego, inventé des batailles, rejoint un club cinéma, tourné des courts-métrages.
Et je n’ai jamais vraiment arrêté. Il reste en moi quelque chose de cet enfant-là. Le goût de l’aventure. Du mystère. Des histoires assez grandes pour nous faire oublier le monde quelques instants — mais dont le cœur tient parfois dans un regard, une peur, un lien entre un enfant et ses parents.
J’ai longtemps voulu faire grand.
Aujourd’hui, j’essaie surtout de faire juste.
L’ambition est toujours là.
Elle a simplement changé de mesure.
J’ai longtemps interrogé la matière par la physique.
Aujourd’hui, j’interroge les êtres, leurs silences, les histoires qu’ils se racontent pour continuer à avancer. Je fais des films pour m’approcher de ce qui m’échappe. Une montagne qui résiste. Un visage qui se ferme. Une époque trop vaste pour ceux qui doivent y trouver leur place.
Je passe du documentaire à la fiction parce que j’y cherche la même chose : une vérité sensible, avec tout ce qu’elle peut avoir d’inattendu, de contradictoire et d’inconfortable. Ce qui m’attire se trouve souvent là : dans la fissure entre ce que l’on montre et ce que l’on éprouve.
J’aime aussi ce moment rare où un plateau devient une petite communauté.
Les regards se comprennent. Les gestes s’accordent. Chacun veille sur l’autre et, pendant quelques heures, quelque chose de plus grand que nous prend vie. Filmer, c’est peut-être cela : préparer avec rigueur, rester disponible à l’inconnu, puis tendre un fil entre le réel et l’imaginaire. Et inviter quelqu’un à le traverser avec nous.
Et vous,
serez-vous du voyage ?




























